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Émission live #19 – Les usages de la ville par les personnes âgées

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Les personnes âgées sont peu incluses dans les réflexions autour des politiques d’aménagement des villes où elles habitent. L’ouvrage d’Ulrike Armbruster Elatifi, Les usages de la ville par les personnes âgées, permet de saisir finement leurs expériences des espaces urbains en les suivant dans leur quotidien.

Qu’est-ce qui permet aux personnes âgées de se sentir chez elles dans leur ville ? Quelles stratégies développent-elles pour pallier aux obstacles propres à l’espace urbain et au manque d’infrastructures adaptées ?

Présentation de l’ouvrage Les usages de la ville par les personne âgées, par Ulrike Armbruster Elatifi

Encart biographique : Ulrike Armbruster Elatifi est sociologue et travailleuse sociale. Elle enseigne à la Haute École de travail social de Genève (HETS) et est chercheuse associée à l’Institut des recherches sociologiques à l’Université de Genève. Ses recherches portent principalement sur la vieillesse et le vieillissement, les dynamiques de l’espace urbain et le travail social. Elle coordonne le projet de recherche « La ville avec ses marges » qui s’intéresse au vieillissement des personnes sans-abri dans l’espace urbain.

Un suivi sur le long terme et en image

Ulrike Armrbruster Elatifi a suivi une vingtaine de personnes âgées qui résident dans deux quartiers distincts de la ville de Genève.

Les deux années de son enquête lui ont permis d’établir un lien de confiance avec les participants et de leur offrir un espace pour s’exprimer sur leur quotidien et leurs habitudes. Le recours à la méthode de la photo-élucidation a fait des personnes âgées des acteurs et actrices de la recherche : munies d’un appareil photo, elles ont pu partager avec la chercheuse leurs représentations personnelles de leur environnement.

Des stratégies inconscientes

En vieillissant, les habitudes de vies évoluent. L’enquête menée par Ulrike Armbruster Elatifi montre que les personnes âgées adaptent leurs pratiques quotidiennes — tels que leurs horaires de sorties ou leurs itinéraires — sans s’en rendre compte.

Ces nouveaux usages témoignent de leur connaissance fine de l’évolution de leurs capacités physiques et de leur capacité à « ruser » pour continuer leurs activités.

Des stratégies importantes, mais parfois coûteuses

Même si nous développons toutes et tous des stratégies pour, par exemple, ne pas oublier les affaires dont nous avons besoin pour sortir de notre domicile, pour les personnes âgées, l’oubli de ces objets a davantage de conséquences. Ces stratégies sont importantes : choisir un itinéraire bien connu ou s’assurer que la météo est clémente leur offre un sentiment d’assurance à l’inverse d’une sortie improvisée. Ces préparatifs améliorent l’estime de soi en permettant de maintenir son autonomie. Cependant, la préparation à affronter l’extérieur peut devenir fastidieuse et mobiliser beaucoup d’énergie, et finir par décourager les sorties.

Le quartier, vecteur du sentiment d’appartenance

Les personnes âgées sont très attachées à leur lieu de vie (tant le domicile, que le quartier et la ville), et y résident souvent depuis plusieurs années. Cette familiarité de longue date leur permet de se déplacer dans ces espaces en suivant des itinéraires qui leur sont propres, tout en entretenant des liens sociaux.

Cependant, les mutations de ces lieux de vie, par exemple lorsque des travaux urbains sont effectués, peuvent impacter fortement les personnes en perturbant les habitudes qui sous-tendent leur autonomie.

Encart citation : « Elles connaissent le quartier et s’y reconnaissent. C’est comme un fil de continuité : les personnes enquêtées y ont construit leur vie, s’y sont installées et ont vu grandir leurs enfants, etc. Elles ont aussi fait vivre leur quartier. Elles s’y sentent en sécurité parce qu’elles portent l’histoire du quartier. » Ulrike Armbruster Elatifi

Le rôle des liens ténus

Le quotidien des personnes âgées est soutenu par des « liens ténus » : des interactions spontanées, éphémères et de courte durée.

Qu’elles soient verbales ou non verbales (un signe de la tête, un « bonjour »), ces interactions renforcent le sentiment d’appartenance, sont source de reconnaissance, de bien-être et d’entraide. Installées par des habitudes de fréquentation des lieux et la familiarité des personnes rencontrées, elles contribuent au sentiment de sécurité des personnes âgées et les motivent à sortir.

Encart citation : « Les liens ténus donnent aux personnes ce sentiment fondamental d’être au monde. » Ulrike Armbruster Elatifi

Table-ronde : Rendre visibles les intérêts des personnes âgées et leurs pratiques

Quels obstacles entravent la mobilité urbaine des personnes âgées ? Comment les professionnels qui les accompagnent au quotidien peuvent-ils contribuer aux politiques publiques visant à rendre la ville plus accessible ?

Autant de questions qui ont animé les échanges de nos invitées et les ont menées à formuler leurs recommandations pour mieux prendre en compte la parole des personnes âgées.

Encart biographique : Julie est doctorante en sociologie à l’Université Gustave Eiffel, rattachée au laboratoire Mobilité durable, individu et société (MODIS) et au laboratoire de psychologie et d’ergonomie appliquée de l’Université Paris-Cité. Ses travaux portent sur l’accès à l’espace public chez les personnes vieillissantes et les mobilités dans ces environnements.

Julie Pélata

Définir la mobilité

Dans le travail de recherche de Julie Pélata, la notion de mobilité renvoie à la question de l’accès à l’espace public : les personnes sortent-elles de chez elles, et sous quelles conditions ? Qu’est-ce qui empêche les personnes âgées de sortir de chez elles ?

Les enquêtes nationales transports et déplacements montrent que, malgré un récent progrès, il existe des inégalités territoriales (entre les zones urbaines et les zones rurales) et de genre face à la mobilité.

Le projet Vieillir vivant !

Le projet de recherche-création Vieillir vivant ! a été lancé par Carton plein, une association qui mêle pratiques artistiques et sciences humaines. Cette initiative réunit plusieurs structures autour des représentations sociales du vieillissement en Auvergne.

Sur son terrain de recherche à Annecy, Julie Pélata, elle-même impliquée dans le projet Vieillir vivant !, explore ces enjeux en collaborant avec plusieurs associations et services publics locaux. Elle s’intéresse plus particulièrement aux difficultés d’accès à l’espace public rencontrées par les personnes âgées.

Identifier les « lieux ressources »

L’un des objectifs du travail de recherche de Julie Pélata a consisté à repérer les « lieux ressources » : des espaces souvent jugés anodins, mais qui invitent à sortir.

Elle s’est également intéressée à ce qui fait obstacle ou, au contraire, favorise les déplacements dans l’espace public. Pour ce faire, elle a choisi de mêler des pratiques artistiques comme des balades théâtralisées dans la ville à des méthodes de sociologie urbaine comme la cartographie. Cette double dimension avait notamment pour but d’inciter d’autres personnes âgées à sortir dans ces lieux qui paraissent de prime abord « banals » (un cimetière, un banc idéalement situé, etc.).

La marginalisation des piétons

Certaines problématiques de mobilité ont été relevées lors des marches exploratoires dans la ville, par exemple les difficultés liées à l’orientation. Celles-ci peuvent être liées à des troubles cognitifs, mais elles sont surtout révélatrices d’un environnement peu adapté à l’orientation des piétons de manière générale.

Certaines personnes âgées, lorsqu’elles se déplacent, font preuve d’un certain « légalisme » et, cherchant par exemple à respecter les passages piétons, doivent faire des détours et des pas supplémentaires qui peuvent leur être pénibles. Les aménagements urbains, étant conçus en priorité pour la circulation des voitures, renforcent les difficultés de mobilité des personnes âgées.

L’orientation dans l’espace

S’intéresser à l’immobilité des personnes âgées permet d’expliquer pourquoi certaines d’entre elles refusent de sortir ou évitent certains espaces.

Cela peut tenir à une signalétique mal conçue, qui empêche les personnes d’être informées qu’un lieu pourrait les intéresser, et n’incite pas non plus les professionnels à s’approprier l’environnement. Certains lieux peuvent ainsi renvoyer une image qui les associe à des pratiques propres à certaines classes sociales, et engendrer un sentiment d’illégitimité à les fréquenter.

La fragmentation de l’espace public

Il est important de saisir de manière sensible et concrète les dynamiques sociales qui poussent les personnes âgées à l’immobilité et celles qui, au contraire, les aident et les encouragent à sortir de chez elles.

L’enquête de Julie Pélata a également révélé les barrières symboliques qui fragmentent l’espace de la ville d’Annecy et font obstacle à leur mobilité.

Encart biographique : Irina Ionita est docteure en sciences sociales à l’Institut des hautes études internationales et du développement à Genève. Elle a notamment travaillé sur l’empathie comme pratique éthique dans le cadre de la recherche anthropologique auprès des peuples autochtones au Canada. Elle est à présent directrice de la Plateforme du réseau seniors Genève, où elle travaille sur les enjeux liés aux vieillissements et à la vieillesse, en relation avec près de 100 associations et institutions genevoises du social et de la santé.

Irina Ionita

La Plateforme du réseau seniors Genève

La Plateforme du réseau seniors Genève est une association à but non lucratif fondée il y a 20 ans. Prenant la forme d’une interface, la Plateforme s’adresse aux professionnels et bénévoles qui travaillent avec les seniors.

Elle coordonne un réseau professionnel local des secteurs du socio-sanitaire, de l’habitat ou encore de l’aménagement urbain, tout en créant des liens avec le monde de la recherche et de la formation. Elle vise également à faire remonter les préoccupations et réalités du terrain auprès des autorités communales et cantonales genevoises.

Mettre en lumière la réalité du terrain

Se faisant le relais des enjeux concrets dont témoignent les acteurs de terrain, la Plateforme adresse des recommandations à destination des politiques publiques.

Celles-ci sont généralement bien accueillies, notamment parce qu’elles sont représentatives des préoccupations communes d’un grand nombre de citoyens et citoyennes.

Développer une politique transversale sur le vieillissement

La Plateforme a notamment recommandé la création d’une politique cantonale transversale de la « vieillesse » (nomenclature en cours de définition).

Le réseau est ainsi parvenu à faire du vieillissement une question non pas seulement sanitaire, mais également sociale : il s’agit d’une première avancée significative pour le canton de Genève.

Consulter les seniors

Les seniors sont souvent consultés par les pouvoirs publics pour des raisons utilitaristes. C’est pourquoi ils se sentent tenus à l’écart des politiques publiques alors que leur expertise est essentielle pour comprendre leurs aspirations et leurs besoins.

Grâce à des consultations, la Plateforme porte, autant que possible, deux types de perspectives : celles des professionnels du vieillissement et celles des personnes âgées.

Accepter le biais de représentation

La Plateforme cherche à réduire le biais de représentation (seules certaines personnes âgées font entendre leur voix, car elles y sont habituées et se sentent légitimes). Pour ce faire, les équipes vont au contact des personnes âgées en s’aidant des professionnels de l’accompagnement et de la littérature scientifique.

Mais ce biais reste en partie inévitable pour certaines populations, par exemple les personnes les plus dépendantes ou isolées. En avoir conscience permet à la Plateforme de poursuivre sa mission de créer des liens et de coordonner le réseau entre les acteurs locaux.

Encart citation : « “Jamais sans les seniors” : ils et elles doivent contribuer à l’élaboration de toute politique publique et de toute action les concernant directement ou indirectement. » Irina Ionita
Le projet « Tissons la toile »

Lancée en 2024 par la Plateforme, la recherche-action « Tissons la voile » a été coconstruite par deux institutions membres : la HETS et la HESGE de Genève.

Ce projet offre des outils de coordination visant à prévenir l’isolement social à l’aide de trois actions : un forum citoyen, un réseau de proximité et des accompagnements individuels. Ces initiatives permettent de créer des liens entre les acteurs formels (soignants, travailleurs sociaux, etc.) et les acteurs informels (voisinage, salon de coiffure, etc.) de la proximité.

Penser les villes avec les personnes âgées et ralentir le rythme

Pour les trois invitées, il est crucial de repenser les espaces publics tant avec les personnes âgées qu’avec l’ensemble des acteurs sociaux. Selon Ulrike Armbruster Elatifi, il est important d’imaginer les villes pour les personnes en les intégrant pleinement au processus de réflexion, en les consultant, et surtout en partant de leur réalité.

Julie Pélata propose que des moyens soient donnés aux aidants pour leur permettre de faire davantage de sorties avec les personnes âgées, par exemple en allant à pied chez le ou la kinésithérapeute.

Décloisonner les enjeux d’accès aux espaces publics

Selon Julie Pélata et Irina Ionita, il est essentiel de ne pas réduire le vieillissement à une problématique sanitaire. Cela implique de recenser les risques dans l’espace public (les chutes, les accidents, etc.) pour réduire les inégalités d’accès à l’espace public.

Il est également nécessaire de réformer nos normes de construction, destinées en priorité aux personnes autonomes et valides, alors que celles-ci sont en réalité minoritaires à l’échelle des sociétés. Cela permettra de concevoir des espaces accueillant pour toutes et tous : parents et enfants, personnes âgées, personnes handicapées, etc.

Découvrez l’émission et sa programmation

Miniature de l'émission "Autonomie : l'actu de la recherche" #17, Handicap et féminisme. Avec Célia Bouchet, Gaëlle Larrieu et Laetitia Rebord.

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9 juin 2026 | Laure Saincotille

Le recueil de texte traduit de l’anglais La théorie féministe au défi du handicap est le produit d’un travail collectif, mené par des universitaires et des militantes handi-féministes et antivalidistes. Il a pour but de diffuser en France les théories et les concepts proposés par le champ des feminist disability studies.
Comment ce champ, à la fois militant et universitaire, est-il né ? Quelles idées et modalités d’action soutient-il ?

Miniature de l'émission "Autonomie : l'actu de la recherche" #18, Handicap et travail, avec Fanny Jaffrès. Portrait photo de Fanny Jaffrès

Émission live #18 – Handicap et travail

9 juin 2026 | Laure Saincotille

Après avoir été construite autour de l’incapacité au travail, la catégorie de handicap fait l’objet de revendications et de mesures pour permettre aux personnes handicapées d’accéder à l’emploi. De quels emplois s’agit-il, et sous quelles conditions ? Quelles sont les conséquences sociales de cette marche vers l’inclusion au travail ?

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