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Rencontres avec la recherche #1 – PRESPOL, avec Daniela Ortiz

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Pour le premier entretien de ce nouveau format, nous vous proposons de faire connaissance avec la sociologue Daniela Ortiz, doctorante du projet PRESPOL, qui pendant cet été 2026 a été au cœur de l’organisation du colloque international « Repenser le handicap : participation, équité et travail » qui a eu lieu à Johannesburg, en Afrique du sud.

Visuel de présentation "PPR Autonomie : Rencontres avec la recherche #1, PRESPOL, avec Daniela Ortiz

A propos

Daniela Ortiz est doctorante au sein du projet PRESPOL, un projet de recherche dirigé par Anne Revillard. Il s’intéresse à l’autonomie économique des personnes handicapées, et plus particulièrement à la façon dont l’emploi pourrait venir favoriser cette autonomie. 

Bon à savoir : le voyage de Daniela en Afrique du sud a été en partie financé par le PPR Autonomie, à travers un dispositif d’aides à la mobilité dédié aux chercheurs et chercheuses en début de carrière ayant besoin de se déplacer hors du territoire français pour mener à bien leurs recherches.

Entretien avec Daniela Ortiz

Laure Saincotille – Bonjour Daniela et merci de te prêter à ce petit exercice ! Tu es donc doctorante au sein du projet PRESPOL. Tu es économiste de formation, et tu as notamment travaillé sur le marché du travail et le care en Colombie. Pour PRESPOL, tu étudies bien sûr toujours la question du travail, mais tu te concentres sur un tout autre espace géographique, entre l’Afrique du sud et la France. Est-ce que tu peux nous dire sur quoi portent tes recherches doctorales ?

Daniela Ortiz – Bonjour Laure et merci beaucoup pour cette invitation. Ma recherche porte sur l’accès à l’emploi, le maintien dans l’emploi et, plus largement, le parcours professionnel des jeunes en situation de handicap, âgés de 18 à 35 ans.

Et effectivement, comme tu l’as dit, je mène une étude comparative entre la France et l’Afrique du Sud. En France, je travaille plus particulièrement en Île-de-France et, en Afrique du Sud, dans le township de Soweto.

Laure Saincotille – Tu as écrit un article de blog pour le Carnet de recherche Hypothèses du projet PRESPOL. Tu y évoques tes choix méthodologiques et ton rapport à l’enquête en expliquant pourquoi ton travail de recherche est intimement lié à ton parcours personnel et professionnel. C’est un article très intéressant : comment est-ce que tu le présenterais pour donner envie à nos auditeurs et auditrices d’aller le lire ?

Daniela Ortiz – Merci ! C’est un article que j’ai pris beaucoup de plaisir à écrire, parce qu’il m’a permis de revenir sur mon propre parcours et sur la manière dont celui-ci a influencé mes choix méthodologiques.

Dans cet article, je voulais montrer que le choix d’une méthodologie n’est pas seulement une décision théorique ou technique. Il se construit aussi à partir de nos expériences personnelles, de notre formation académique et de ce que nous vivons sur le terrain.

Ce qui me paraît important, c’est de garder à l’esprit que, en tant que chercheurs et chercheuses, nous ne sommes jamais complètement extérieurs à notre recherche. Même si nous cherchons à être rigoureux et objectifs, nous observons toujours notre sujet à partir d’un certain point de vue. Et pour moi, reconnaître cette position fait partie de l’éthique de la recherche. Et cela ne fragilise pas nécessairement nos résultats : au contraire, cela peut enrichir notre analyse.

C’est justement ce que j’essaie de montrer dans l’article, où je raconte comment un choix qui peut sembler, au départ, très objectif ou très théorique, comme le choix de la méthodologie, peut finalement évoluer au fil de la recherche, s’adapter au terrain et devenir un véritable outil d’analyse. J’espère que les lecteurs et les lectrices pourront également se reconnaître dans cette réflexion et s’interroger sur la manière dont leur propre parcours influence leur façon de faire de la recherche.

Laure Saincotille – Je voudrais qu’on prenne un peu de recul à présent et qu’on parle du projet PRESPOL. Les recherches dont tu viens de nous parler prennent place dans un ensemble plus grand : comment est-ce qu’elles s’articulent avec les autres travaux en cours ?

Daniela Ortiz – PRESPOL est organisé en quatre work packages, et moi, je fais partie du deuxième, qui est coordonné par Célia Bouchet et Jean-François Trani, qui est mon directeur de thèse.

Au sein de ce work package, certains de mes travaux rejoignent ceux de Célia, bien sûr sans que nous fassions exactement les mêmes analyses. Mais, nous travaillons sur des dimensions assez proches, comme les discriminations, les effets de la pauvreté ou encore les inégalités de genre, qui traversent l’ensemble de nos recherches.

À l’échelle plus large de PRESPOL, il y a aussi des projets communs qui réunissent des membres de plusieurs work packages. Par exemple, nous travaillons actuellement sur un projet de portraits, dont l’objectif est de présenter les parcours et les situations de certaines des personnes que nous avons rencontrées pendant nos enquêtes.

Il y a également des liens sur le plan méthodologique et dans l’analyse des données. Par exemple, certaines bases de données peuvent être utilisées dans plusieurs work packages. Évidemment, l’idée n’est pas de faire trois fois le même travail, mais plutôt de collaborer sur la méthodologie, de partager certaines réflexions et, surtout, de comparer nos résultats.

Et, finalement, je pense que PRESPOL doit vraiment être compris comme un ensemble. On ne peut pas analyser l’autonomie des jeunes sans prendre en compte les politiques publiques et les lois qui influencent leurs parcours, mais aussi les entreprises et les institutions qui peuvent les recruter ou, au contraire, créer des obstacles à leur accès à l’emploi. Et tout cela est abordé dans les autres work packages.

Laure Saincotille – Cette année, tu as fait partie du comité d’organisation d’un évènement scientifique important : le colloque international « Repenser le handicap : participation, équité et travail », qui a eu lieu début août à Johannesburg en Afrique du sud.
Si on consulte le programme, on peut voir que les échanges ont porté sur la « pauvreté multidimensionnelle », sur les relations entre recherche et acteurs et actrices de terrain dans le champ du handicap, sur les jeunes personnes handicapées et l’accès à l’emploi et sur les perspectives de recherche dont font état les chercheurs et chercheuses en début de carrière comme toi. On imagine bien le travail considérable que représente l’organisation d’un tel évènement ! En quelques mots, que retiens-tu de ce qui s’est dit lors de ce colloque ?

Daniela Ortiz – Oui, le colloque a eu lieu hier, en format hybride, à l’Université de Johannesburg et en ligne. C’était un espace de discussion très riche, qui a réuni des chercheuses et des chercheurs expérimentés, mais aussi de jeunes chercheurs, autour d’un sujet qui est essentiel pour moi, celui de l’inclusion des personnes handicapées.

Ce que je retiens principalement, c’est que cette inclusion doit être pensée de manière globale et à plusieurs niveaux.

Tout d’abord, elle passe par une meilleure représentation des personnes handicapées dans les données et les statistiques. Aujourd’hui, les informations disponibles restent souvent insuffisantes. Or, si les personnes handicapées et les difficultés qu’elles rencontrent ne sont pas visibles dans les données, il devient aussi plus difficile de les prendre en compte dans les politiques publiques et dans les décisions. Finalement, d’une manière ou d’une autre, nous sommes tous, à un moment ou à un autre, concernés par les statistiques.

Ensuite, il faut aussi penser l’inclusion du point de vue économique. Nous savons que les personnes handicapées sont davantage exposées à la pauvreté, qu’elles ont des taux d’emploi plus faibles et qu’elles occupent plus souvent des emplois précaires. Il est donc nécessaire de réfléchir aux politiques publiques, aux dispositifs d’accompagnement, mais aussi aux pratiques des employeurs qui pourraient permettre de réduire ces inégalités.

Mais l’inclusion a également une dimension culturelle. La question des préjugés, de la discrimination et de la stigmatisation est revenue très souvent pendant le colloque. Dès l’école, ces attitudes peuvent tenir à l’écart les enfants et les jeunes handicapés, ce qui entraîne ensuite des conséquences importantes sur leur parcours scolaire et, plus tard, sur leur vie d’adulte, notamment en matière d’emploi et de participation sociale.

Donc, il est essentiel de commencer le travail de sensibilisation dès le plus jeune âge, auprès des enfants, des familles et des enseignants, mais aussi auprès des employeurs et des communautés au sens large. Je pense que ce type de colloque contribue justement à sensibiliser différents publics. Mais il faut encore aller plus loin et toucher l’ensemble de la société, en créant davantage d’espaces de rencontre, de dialogue et de participation.

Je pense aussi que, comme chercheuses et chercheurs, nous devons continuer à trouver des manières d’intégrer plus directement les personnes concernées dans nos travaux. Elles ne doivent pas seulement être considérées comme des participantes à la recherche, mais aussi comme des actrices et des expertes de leur propre réalité. Dans ce sens, nous devons également réfléchir à la manière dont nos recherches peuvent produire des résultats concrets et contribuer à des changements à plus long terme.

Enfin, ce que je retiens aussi de ce colloque, c’est qu’il a permis de faire dialoguer des connaissances locales et internationales. Et puis, il a vraiment montré l’importance de la pluridisciplinarité. Parce que, finalement, pour comprendre le handicap et construire des projets réellement inclusifs, on ne peut pas rester dans une seule discipline. On a besoin de croiser les perspectives de l’économie, de la sociologie, de la psychologie ou encore de la santé, mais aussi d’écouter les associations, les artistes et, bien sûr, les personnes directement concernées.

Laure Saincotille – Un grand bravo pour le travail accompli ! Avant qu’on se dise au revoir, est-ce que tu nous dirais quelques mots sur les prochains chantiers de recherche pour toi, au sein du projet PRESPOL ?

Daniela Ortiz – Dans les prochains mois, je vais d’abord finaliser l’analyse des données que j’ai recueillies en Afrique du Sud l’année dernière. Ces données font déjà l’objet de plusieurs articles que j’espère pouvoir terminer prochainement.

Du côté français, je vais lancer un questionnaire en ligne à grande échelle, assez proche de celui que j’ai utilisé en Afrique du Sud. L’objectif est de pouvoir analyser et comparer les différentes étapes d’inclusion et d’exclusion que les jeunes handicapés peuvent rencontrer sur le marché du travail.

En parallèle, je vais continuer à organiser des ateliers collectifs, principalement en Île-de-France, et à réaliser des entretiens qualitatifs. Cela va me permettre de compléter les données du questionnaire et de mieux comprendre les expériences et les parcours individuels.

Ensuite, je me concentrerai davantage sur l’analyse et sur l’écriture de ma thèse et de mes articles. Et bien sûr, il y aura aussi une étape qui me paraît essentielle, même si elle prendra plus de temps à mettre en place et c’est de restituer les résultats aux personnes et aux associations qui ont participé à la recherche et qui m’ont accompagnée tout au long de ce travail.

Laure Saincotille – Encore merci Daniela d’avoir pris le temps de répondre à mes questions, j’espère te lire bientôt dans de nouveaux articles et je te souhaite une bonne rentrée.

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