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Rencontres avec la recherche #3 – AtOrI, avec Éléonore Segard et David Faure

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Découvrez l’actualité du projet AtOrI en faisant connaissance avec Éléonore Segard (co-coordinatrice du projet AtOrI) et David Faure (Psychosociologue clinicien, enseignant-chercheur en sciences de l’éducation et de la formation à l’Université Paris Nanterre. Tous deux présentent les fiches repères pour l’action conçues par les équipes de recherche pour les professionnels de l’accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité.

Miniature du format "Rencontres avec la recherche #3" : AtOrI, avec Éléonore Segard et David Faure.


À propos

Le projet AtOrI se penche sur les pratiques des professionnels de l’accompagnement de personnes en situation de vulnérabilité. Il avait pour but de caractériser, parmi les interventions de ces professionnels, celles qui sont « orientées vers l’autonomie », c’est-à-dire celles qui permettent aux personnes vulnérables d’agir par elles-mêmes et selon leur volonté – par opposition avec des interventions qui contraindraient les actions des personnes ou ne tiendraient pas compte de leurs souhaits.

Le projet AtOrI vient de se terminer, et ses communautés de recherche rendent leurs conclusions. En particulier, les équipes ont consacré ces derniers mois à la production d’un livret comprenant une série de fiches de repères pour l’action à destination des professionnels de l’accompagnement des personnes vulnérables. Éléonore Segard et David Faure ont été très impliqués dans la création de ces fiches, et c’est pour vous les présenter qu’elle et il ont répondu aux questions de ce court entretien.

Entretien avec Eléonore Segard et David Faure

Laure Saincotille : Bonjour Éléonore, bonjour David et merci de vous prêter à ce petit exercice ! Pour commencer, j’aimerais que vous reveniez sur les objectifs du projet de recherche AtOrI.

Éléonore Segard : Tout le monde s’accorde sur l’importance de l’autonomie, mais l’autonomie reste une option abstraite et floue. Pour les professionnels de l’accompagnement, la difficulté est de savoir ce que cela signifie concrètement dans leurs pratiques quotidiennes. C’était ça, notre objectif : passer d’un principe auquel tout le monde adhère à des repères permettant de penser et d’orienter réellement l’action. Pour cela, nous sommes partis d’une hypothèse forte : l’autonomie n’est pas une compétence qu’il faudrait faire acquérir à la personne. Elle est toujours présente, et ce même lorsque les capacités sont altérées. Les questions qui ont guidé notre travail ont été : comment l’autonomie se manifeste-t-elle dans une situation ? Qu’est-ce qui facilite son expression et sa réalisation ? Comment ne pas l’entraver sous prétexte de bonnes intentions ?

David Faure : Pour moi, le point de départ autour de cette hypothèse forte que rappelle Éléonore, c’est un point de rencontre entre deux approches. D’une part, il y avait une pensée affirmant la primauté du désir comme principe de vitalité chez les personnes – cela vient de la psychanalyse. D’autre part, il y avait l’expérience des limites que la société impose aux personnes en situation de handicap, ce qui fait que le droit des personnes en situation de handicap devient un levier de transformation sociale.

Laure Saincotille : Vous avez tous les deux contribué à ce projet de recherche. Pouvez-vous nous dire, en quelques mots, les rôles qui ont été les vôtres ?

Éléonore Segard : Je suis chercheuse au sein de l’équipe d’Olivia Gross, à la Chaire d’engagement des patients, au Laboratoire « Éducations et Promotion de la santé » (LEPS) de l’Université Paris 13. J’ai participé à l’initiation du projet avec David Faure, Olivia Gross et Françoise Hatchuel, au dépôt du projet à l’ANR, et j’interviens aujourd’hui comme co-coordinatrice de ce projet, au côté d’Olivia Gross et du comité de pilotage, et comme chercheuse sur plusieurs volets. J’ai notamment travaillé sur une des revues de littérature, à l’identification des terrains, à un focus group avec David, et à la coordination du Delphi. Mon rôle est à la fois scientifique et de coordination. Avec David, nous avons une position un peu particulière dans le projet : nous avons veillé à l’articulation et à l’intégration, entre les disciplines, les équipes de recherche, mais aussi – c’est très important, car c’est une particularité de notre projet – avec les partenaires représentants les professionnels de terrain.

David Faure : Pour ma part, je suis enseignant-chercheur à l’Université Paris Nanterre, dans une équipe dite « clinique », d’orientation psychanalytique. Dans la construction de l’enquête, de notre côté, mon rôle a été principalement été, avec Françoise Hatchuel au pilotage, d’encadrer une équipe d’intervenantes en analyse de pratique auprès de groupes professionnels et de les aider à en dégager du matériel pour la recherche. Pour souligner la coopération avec Éléonore, on peut dire aussi que nous avons construit le cadre conceptuel comme un cadre transverse et interdisciplinaire qui a servi de base à la première fiche du livret.

Laure Saincotille : Venons-en à ces fiches de recommandation ! Ce sont des documents importants, car ils doivent rendre compte des résultats de recherche du projet AtOrI sous un format qui soit facilement appropriable par les professionnels de l’accompagnement. Comment avez-vous procédé pour concevoir ces fiches ?

Éléonore Segard : Le terrain a été au cœur de notre méthode. Nous sommes partis de pratiques et de situations d’accompagnement réelles. Il s’agissait de pratiques dans lesquelles les acteurs avaient ce souhait de soutenir l’autonomie des personnes en situation de handicap ou de vieillissement. Mais nous sommes aussi allés observer des situations qui posaient problème, qui faisaient obstacle, et ce que les acteurs pouvaient expérimenter autour de ces difficultés. Bien sûr, ces travaux de terrain ont été étayés par différentes revues de littérature menées par les équipes académiques – tant sur la notion même de l’autonomie et sa dimension historique, que sur les façons dont les professionnels percevaient l’autonomie et leur rôle dans cette prise en compte de l’autonomie des personnes, mais aussi sur les outils de mesure de l’autonomie. Nous avons traduit progressivement ces résultats des travaux de terrain en propositions destinées aux professionnels. Puis ces propositions ont été soumises à un consensus d’experts par la méthode du Delphi. Ce processus a associé des personnes concernées, des professionnels et des chercheurs. C’est ainsi que l’on a pu aboutir à 147 propositions, que l’on considère comme étant validées.

David Faure : La phase de rédaction des fiches a été un moment de synthèse, de discussion et d’intégration des résultats collectés et produits par les différentes équipes – puisque chaque équipe avait mené l’enquête de son côté, sur des terrains différents. C’est à ce moment-là qu’on a croisé les approches et qu’on a vu l’utilité et le bénéfice de ce travail interdisciplinaire.

Laure Saincotille : Concrètement, à quoi ressemble une fiche ? Qu’est-ce qu’on y trouve ?

David Faure : Nous avons surtout affirmé, comme l’a dit Éléonore, le principe d’une utilisation pratique à destination des professionnels de l’accompagnement. Il y a une partie où nous reprenons des situations, qui sont comme des « vignettes » – c’est le jargon clinique -, c’est-à-dire des petits scénarios de situations pour saisir toute l’épaisseur et la complexité des situations sur le terrain. Il y a également une rubrique « De quoi parle-t-on », où on a essayé de préciser ce qu’on entendait, par exemple, par « déambulation » ou « habiter chez soi ». Il s’agit d’une forme de problématisation des différentes thématiques . Enfin, il y a une rubrique « Pourquoi en parle-t-on », où il s’agit d’aborder la complexité de ces situations pour les professionnels de terrain, et de montrer les enjeux, les conflits, les tensions que ça peut occasionner, afin de capter leur écoute.

C’est seulement après tout cela qu’on présente ce qu’on a fini par appeler des « Repères pour l’action » – dont on pourra donner peut-être un exemple -, qui sont des propositions. Ces repères ne visent pas à fermer la pratique et ce qu’il faut faire, ou ne surtout pas faire dans une situation donnée. Il s’agit de points de de réflexion, des points de questionnement qui sont à destination des professionnels, individuellement ou collectivement. Cela nous apparaît comme une dimension essentielle : toutes ces situations gagnent à être discutées, et surtout les réponses apportées par les professionnels aux difficultés de l’accompagnement des personnes gagnent à être discutées et travaillées collectivement.

Laure Saincotille : Le livret complet contient 12 fiches et 133 pages : c’est un document qui rassemble de nombreuses informations. Est-ce que vous pourriez nous en donner un aperçu en évoquant quelques conclusions centrales des recherches du projet AtOrI ?

Éléonore Segard : C’est une question vraiment difficile parce qu’effectivement, comme l’a indiqué David, je pense qu’on ne peut pas résumer ce livret. Nous l’avons conçu en pensant à un professionnel qui se trouverait être dans une situation qui l’interroge, et qui irait piocher les repères dont il a besoin dans pour y faire face. Mais ce nous pouvons dire quand même, c’est que nous avons changé de focale par rapport à la question. Nous sommes passés des questions « Cette personne est-elle autonome ? », « Quel est son degré d’autonomie ? », à la question qu’un professionnel pourrait se poser dans une situation précise : « Que puis-je mettre en place pour permettre à cette personne d’exercer son autonomie à sa manière et selon ce qui compte pour elle ? » C’est à cela qu’entend répondre le livret. Comme l’a souligné David, au début de la recherche, nous parlions de « recommandations », et nous sommes arrivés à ces « repères pour l’action » cela montre bien que nous ne sommes pas dans ce qu’évoquait un intervenant ce matin, aux journées annuelles 2026 du PPR Autonomie : ce n’est pas « il n’y a qu’à », « il faut qu’on ». C’est plutôt une boussole, et chacun va inventer – ce mot est très important – sa solution, une réponse adaptée en fonction de la situation.

David Faure : Dans le projet AtOrI, nous avons choisi de travailler sur le volet « handicap » aussi bien que sur le volet « vieillissement » – qui sont les deux volets du PPR -. Lors de la réalisation de ces fiches, nous avons pu constater que les points de repères pour la posture d’accompagnement sont communs tant aux situations de handicap que de vieillissement. Cela a été confirmé par les experts du Delphi, qui venaient des deux champs et qui ont pour la plupart été intéressés par les mêmes propositions. Il faut aussi souligner que la construction collective des pratiques et l’auto-organisation des professionnels sont des points d’appui centraux pour développer des pratiques d’autonomisation et constituer un cadre de sécurité pour les professionnels. Enfin, le Delphi nous a permis de constater qu’il y a consensus soit du côté des professionnels, soit du côté des chercheurs – qui étaient deux des composantes du panel du Delphi. Mais là où les résultats étaient les plus discutés, où il y avait plus de divergences, c’était auprès des personnes concernées. Cela reste à analyser et à creuser.

Éléonore Segard : Cela nous a semblé intéressant et nous interroge, puisque beaucoup de recherches ne sont pas participatives et ne donnent pas la parole aux personnes en situation de vulnérabilité. C’est un résultat qui vient questionner sur les pratiques de recherche actuelles.

Laure Saincotille – Éléonore, David, je vous remercie encore d’avoir répondu à mes questions. Avant qu’on se quitte, je voudrais signaler à nos lecteurs et lectrices qui souhaiteraient consulter ces fiches de recommandation qu’elles sont disponibles au téléchargement sur la page web du projet AtOrI.


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AtOrI

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